#ChallengeAZ │ U… Usson, casse-tête pour le facteur

Usson-du-Poitou, Vienne 86, place de l'église

En France, sur la carte de Cassini, quatre villages portent le nom d’Usson :

  • un en Auvergne,
  • un autre dans le Forez,
  • un troisième dans le Poitou,
  • un quatrième en Charente.

Celui qui nous intéresse aujourd’hui est celui qui est dans la province du Poitou, au sud de Poitiers, maintenant dans le département de la Vienne, canton de Gençay. Au XIXe siècle, Usson devient Usson-du-Poitou.

Carte de Cassini issue de l’exemplaire dit « de Marie Antoinette » du 18éme siècle, Géoportail.fr ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Nous allons examiner comment et pourquoi Usson a changé de nom.

Si nous nous reportons au dictionnaire topographique du département de la Vienne, le village d’Usson se prénommait Victaria Icioninsis en 913. Le nom d’Usson est apparu début XVe siécle, avec Husson en 1408, Usson en 1479.

L’église du village est placée sous le vocable de Saint-Pierre. Les baptêmes, mariages, décès sont notés par les prêtres de la paroisse dans les registres paroissiaux de 1611 à 1792 où le nom d’Usson est indiqué. Les registres de 1611 à 1632 sont très dégradés, le nom d’Usson est par contre clairement indiqué de 1632 à 1792. 

Papier baptismal – Première page du registre de 1632 © Archives départementales de la Vienne

A partir de 1793, les  actes de naissances, mariages, décès sont notés dans les registres d’état civil qui sont tenus par les mairies. La commune est toujours nommée Usson.

Un bureau de poste est ouvert à Usson en 1830.  C’est un bureau de distribution. (source : « Marques postales de la Vienne » de Christian Bernard, édition 2016)

La cursive 80/Usson est utilisée par ce bureau (80 indique le département de la Vienne).

 

C’est en 1846, qu’apparaît sur les lettres, le nom de Usson-du-Poitou.

 

En 1857, le cachet confirme « Usson-du-Poitou »

 

 

En 1895, les registres d’état-civil indiquent par contre toujours le nom de la commune d’Usson.

Première page du registre des naissances d’Usson en 1895 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Ce n’est que le 21 février 1895 qu’un décret est publié modifiant le nom d’Usson en Usson-du-Poitou.

Bulletin des lois de la République française n°1691 page 751

Dès l’ouverture du registre de 1896, le nom d’Usson-du-Poitou est indiqué sur la première page.

Première page du registre des naissances d’Usson en 1896 © Archives départementales de la Vienne

Depuis l’apparition du décret en 1895 la modification du nom d’Usson en Usson-du-Poitou est appliquée.

Il est à noter que les registres du recensement de la population de la commune, de 1851 à 1911, continuent d’indiquer Usson excepté pour l’année 1906.

En conclusion :

Le changement de nom a été initialisé officiellement par la poste en 1846. Comme il y avait plusieurs « Usson » dans la France, il était difficile de savoir où la lettre devait être acheminée aussi l’administration des postes a modifié le nom d’Usson en ajoutant la province française qui correspondait au village. Ensuite il a été demandé à l’administration française d’entériner cette modification dans les documents officiels ce qui fut fait en 1895 soit près de 50 ans plus tard..

Pour les Ussonnais et les Ussonnaises, il est toujours dit : « Usson ».

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#ChallengeAZ │ T… De Thuré en Mauritanie, hommage à un combattant vétérinaire

Léon Olivier AMIET, vétérinaire, né à Thuré, combattant en Mauritanie

Léon Olivier AMIET © photo Cl. BOURREAU

En allant au cimetière de Thuré, sur les tombes de nos ancêtres, je suis intriguée par un monument funéraire qui se trouve à l’entrée près de la grande porte à double battant. Ce monument indique le nom du lieutenant O. AMIET, son lieu et sa date de décès et donc j’ai décidé de faire des recherches sur cette personne.

Sa naissance

Léon Olivier AMIET est né le 11 avril 1882 à Thuré. Il est le fils de Jules, âgé de 26 ans et de Marie JOLLY, âgée de 28 ans, tous deux mariés à Thuré le 6 mai 1878. Ses grands-parents du côté paternel sont François AMIET et Jeanne BRUNEAU et du côté maternel Jean JOLLY et Marie BARBOTTIN. Il a eu quatre frères : Firmin Jules François, Norbert (décédé quelques jours après sa naissance), Emile Romain et Jules.

Acte de naissance de Léon Olivier AMIET à Thuré, Vienne, vétérinaire, généalogie

Acte de naissance de Léon Olivier AMIET – Registres de Thuré NPMD 1878-1882 vue 142 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Son parcours d’étudiant

Léon Olivier fréquente l’école primaire de Thuré puis fait ses études à Châtellerault. En 1901, il entre à l’école vétérinaire d’Alfort et en sort diplômé en juillet 1905 (il est 48e sur 63 et le seul de la Vienne cette année-là).

Son parcours militaire

Après une année passée comme aide vétérinaire stagiaire à l’école d’application de cavalerie de Saumur, il est affecté au 25e dragon le 29 juillet 1906 avec le grade d’aide vétérinaire. En octobre 1906, il passe au 5e chasseur à Neufchâteau.

Il est un des premiers adhérents de l’association amicale des vétérinaires militaires. Il devient vétérinaire militaire par décision du 26 février 1908 au 5e régiment de chasseur. Placé hors cadre, il doit attendre les instructions du ministre des colonies et est mis à la disposition du gouverneur de l’Afrique Occidentale qui lui confie par la suite « la mission de contribuer à l’organisation des compagnies de méharistes qui devaient opérer sur les confins de l’Adrar (Mauritanie) et d’étudier les diverses maladies qui sévissaient sur les chameaux de cette région ». (La semaine vétérinaire du 27 mai 1911)

Le 10 juin 1908, son chef part à la recherche d’un puits. Pendant ce temps, AMIET resté à Talmest conserve le détachement avec 60 hommes, 1 mitrailleuse, 80 chameaux et les objets de campement.

Le 14 juin 1908, il se heurte à une forte bande de guerriers fanatiques armés de fusils à tir rapide qui vient d’exterminer la colonne du capitaine MANGIN. Il organise la défense, sa mitraillette refuse de fonctionner, les chameaux sèment le désordre dans le camp. Il résiste jusqu’à une heure du matin et une charge de baïonnette déroute complètement l’ennemi. Le détachement perd 12 personnes et on dénombre 11 blessés pendant cette attaque. Le 20 juin, Léon Olivier adresse un rapport relatant les péripéties du combat. Pendant les combats, deux balles ont traversé son casque.

Après ce brillant fait d’armes, apprécié par ses camarades comme un des plus beaux sous le drapeau français en Afrique Occidentale, il est proposé à vingt six ans à la légion d’honneur. Le 1er septembre 1908, il est nommé vétérinaire en second.

Son décès

Le 15 décembre 1908, il meurt à Moudjera (ville au centre de la Mauritanie située dans la région du Tagant) des fièvres paludéennes non loin du champ de bataille de Talmest, sans avoir eu le temps d’être décoré.

M. Ansbert LAQUERRIERE (1837-1915), ancien vétérinaire militaire, rend un hommage ému à Olivier AMIET,  « jeune vétérinaire en 2e, pour sa belle conduite en Mauritanie au combat de Talmest qu’il a dirigé quand les chefs ont été tués. Il ramena les débris de la colonne. Il a succombé aux suites d’anémie et de paludisme quelques temps après ce glorieux fait d’armes. C’est un nom de plus à inscrire dans le livre d’or des vétérinaires militaires que j’ai créé à Saumur. » (Le bulletin de la Société des sciences vétérinaires de Lyon du 27 mars 1909)

En août 1909, M. le vétérinaire principal Eugène AUREGGIO (1844-1924) adresse aux députés de la Vienne une supplique en vue d’obtenir la restitution à la famille de la dépouille mortelle. Le gouvernement de l’Afrique Occidentale écrit à la famille dans les termes suivants : « J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’en raison de la belle conduite de votre regretté fils au combat de Talmest et des fatigues qu’il s’est imposé en Mauritanie, j’ai décidé que l’administration de l’Afrique occidentale prendra à sa charge les frais d’exhumation et de transfert des restes mortels à Thuré (Vienne) ». (La revue vétérinaire 1910)

Le 15 décembre 1909, l’acte de décès est retranscrit dans les registres de l’état-civil de Thuré.

Transcription partielle de l’acte de décès de Léon AMIET faite sur les registres de Thuré le 25 octobre 1909 (NPMD 1908-1909 vue 72) © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

En décembre 1910, une circulaire autorise les militaires à participer à la souscription ouverte en vue de l’érection d’un monument au vétérinaire AMIET.

Le 25 avril 1911, les cendres arrivent à Châtellerault et le 26 avril il est inhumé dans le cimetière de Thuré. Sur le char funèbre décoré de faisceaux de drapeaux étaient fixées de splendides couronnes en fleurs naturelles et artificielles. Les cordons du poële (drap funéraire) étaient tenus par M. ESCLAUZE, vétérinaire en 1er du 25e dragons, par M. MOREAU de Sossais, par un lieutenant des services administratifs du génie et par un condisciple du défunt.

Au cimetière, cinq discours furent prononcés par :

  • Le Maire de Thuré,
  • M. ESCLAUZE, vétérinaire de l’armée et représentant de l’association amicale des vétérinaires militaires,
  • M. BOLTZ, vétérinaire au nom de la Société des vétérinaires de la Vienne,
  • M. le Président de l’association des anciens élèves du collège de Châtellerault,
  • M. le Principal du collège de Châtellerault.

Les journaux nationaux comme « Gil Blas », « L’Univers », « La Croix » informent leurs lecteurs du décès d’Olivier AMIET.

Nécrologie dans le périodique « L’Univers » du 04 janvier 1909

Thuré rend hommage à Olivier AMIET

Monument hommage à Léon Olivier AMIET, cimetière de Thuré © photo Cl. BOURREAU ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Un monument est inauguré le 7 juillet 1912 à Thuré.

Le ministre de la Guerre est représenté par le lieutenant colonel JANIN du 32e régiment d’infanterie. Celui-ci est accompagné d’une délégation d’officiers de la garnison de Châtellerault. Des discours sont prononcés par M. CHAMPIGNY, maire de Thuré, le lieutenant-colonel JANIN, le vétérinaire départemental BOTZ, le président de l’Amicale des anciens élèves du collège de Châtellerault. La fanfare de Thuré joue « La Marseillaise » et de nombreuses couronnes sont déposées au pied du monument.  M. le commandant CHAMPIOT, président du souvenir français dépose au nom du siège social de Paris, une couronne au pied du monument. Une palme est déposée au nom de ses camarades sur sa tombe par M. DUVAU.

Je rends hommage à ce combattant vétérinaire en Mauritanie.

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