#ChallengeAZ │ N… Nérignac, le curé doit savoir nager !

Un prêtre nageur entre Moussac et Nérignac

Au cours de mes recherches, en consultant les actes de la paroisse de Moussac, j’ai découvert un curé à l’abnégation remarquable, allant jusqu’au péril de sa vie, en traversant la rivière pour ses paroissiens.

Acte de décès, Moussac, AD86

Acte de décès de Gabrielle SAUVAGE – Moussac BMS 1768-1781 vue 17 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

« Gabrielle Sauvage métayère à la guigne fauderie au bourg de Nérignac s’étant trouvé à toute extrémité le 21 de ce mois de Novembre et désireuse de recevoir ses sacrements de Notre Mère la ste église, le curé de Moussac a esté les luy administrer et à son retour obligé de passer à la nage la petite rivière du blour qui sépare nérignac de moussac pour voir d’autres malades. La ditte Sauvage étant venue a décès La nuit du 21 au 22 et la Rivière trop gonflée il n’eut pas esté possible dapporter son corps pour linhumer dans le Cimetière de Moussac et pourquoy Le Sousigné voyant la Rivière un peu Retirée, s’est Exposé encor pour aller faire Linhumation du corps de la ditte Sauvage Cejourdhuy 24 9bre 1769 Dans le Cimetière de Nérignac au pied de la Croix du dit cimetière. La ditte Sauvage de son vivant épouse de jean grimaud au dit lieu presents le dit grimaud et autre jean grimaud et hylaire grimaud ses enfants, claude colasson, jean geais et plusieurs autres dudit bourg qui ont déclarés ne savoir signer de ce en qui et interpellés. Jabouin archiprestre Curé de Moussac. »

 Petite ou Grande Blourde ?

La rivière traversée par le curé téméraire est en fait la Grande Blourde et pas la Petite Blourde située beaucoup plus à l’Est et de plus en dehors de la paroisse de Moussac. La Grande Blourde entre les bourgs de Moussac et Nérignac mesure environ sept à quinze mètres de large. Nérignac était une section de la paroisse de Moussac. À de nombreuses reprises, au cours des siècles, lors des inondations, les curés ont témoigné de leurs difficultés à traverser la rivière, en raison des gués submergés, afin d’aller baptiser en urgence les nouveau-nés ou donner l’extrême onction aux mourants. Nérignac devient une commune en 1790 et possède sa propre église.

Où se trouvait donc le lieu de la Guigne Fauderie au bourg de Nérignac ?

Ce lieu n’apparaît sur aucune carte récente et n’est pas non plus mentionné dans le dictionnaire topographique de Louis Rédet. Seul l’ancien cadastre de 1835 mentionne un bâtiment près du bourg nommé « Tienne Fondrie » susceptible de correspondre. Celui-ci existe toujours et se trouve actuellement situé à l’angle de la rue de la Fontaine et de celle du Trémail.

Plan de situation, Nérignac, plan cadastral, AD86

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Qui était Gabrielle SAUVAGE ?

Gabrielle Antoinette dite Françoise Gabrielle ou encore dite Renée SAUVAGE est la fille de Charles et d’Anne TOURAUD, originaires d’Adriers. Elle s’unit le 12/11/1733 à Adriers à Jean GRIMAUD, laboureur né le 23/04/1703 à Moussac, fils de Gervais et de Jacquette BERTHOMIER. Ils ont au moins sept enfants, nés de 1741 à 1760. Jean GRIMAUD meurt à Nérignac le 16/01/1771 et est inhumé le lendemain au cimetière de Moussac.

Qui était Jean JABOUIN ?

Jean JABOUIN (°ca1728 †1788) archiprêtre de Lussac et curé de Moussac officie en la dite paroisse de 1756 à 1788, année de sa mort. De nombreux confrères sont présents à ses funérailles à Moussac :

« Le dix du mois de Septembre de l’année mil sept cent quatre vingt huit je soussigné ay inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de messire jean jabouin archiprêtre de lussac et curé de moussac qu’il a conduit lespace de trente ans avec tout le zele et ledification dignes de son merite et ou il est decedé hier aagé d’environ soixante ans et munis des sacrements, presents à son enterrement messire jean Comte curé de gouex, messire pierre françois bonnet curé de perzac, messire hippolite jean baptiste barrier prieur curé de St paixent, messire jean gaujoux prieur curé du vigean, messire jean Laurendeau Curé de lizant, messire henri louis galliard Curé de queaux celebrant et autres avec nous soussignez.    J Comte curé de gouez    p.f. Bonnet curé de persac   h.j.B. Barrier pr curé de st paixant    Gaujoux prieur curé du vigean    martin deshoulieres p. curé de lisle     jean hubert vic. de persac    Etienne Leonard Carteau Diacre    Laurendeau curé de Lizant    Bernardeau de Valence    h.l. Gaillard curé de queaux officiant comme doyen des curés de Larchiprêtré »

Acte d’inhumation du curé Jabouin – Moussac BMS 1782-1792 vue 80 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

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#ChallengeAZ │ K… Karrofum et le songe d’Aumode

Ruines de l'abbaye de Charroux

Ruines de l’abbaye de Charroux, Reproduction d’une gravure publiée dans le « Guide pittoresque du voyageur en France. T. 1 – Vienne » © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Karrofum est l’une des nombreuses appellations anciennes donnée à la commune de Charroux, notamment en 789, dans un diplôme de Charlemagne (selon Bouquet, tome V p. 762). Cette ville doit son origine à une célèbre abbaye de l’ordre de Saint-Benoît, fondée en 785 par Charlemagne et Roger, comte de Limoges (Dictionnaire topographique de la Vienne, par Louis Rédet, p. 96).

C’est en recherchant l’ascendance de ma branche DESMIER ou DEXMIER, orthographiée différemment en fonction des rédacteurs du XVIIe siècle, que j’ai fait une étonnante découverte.

Armoiries, famille DEXMIER  ou DESMIER, généalogie

Armoiries des DEXMIER – « Ecartelé d’azur et d’argent à une fleur de lis de l’un en l’autre »

Pierre DESMIER (°1704 †1780) était un laboureur installé à Saint-Saviol, dans le sud de ce que l’on ne nommait pas encore le département de la Vienne. Il épouse Jeanne Michelle PISSARD en 1726 à Civray. Ils ont au moins douze enfants, dont trois meurent dans les semaines ou mois qui suivent leurs naissances. Le dit Pierre était le petit-fils de Jean DESMIER (°1635 †1710) marchand sergier, lui-même fils d’autre Jean DEXMIER (°1609 †1669), sergent royal de la sénéchaussée de Civray et notaire de la terre de Boisseguain, lui-même descendant des DESMIER seigneurs de Nutin (paroisse de Surin) et du Roc (paroisse de Saint-Gaudent) et précédemment descendants des CHAUSSEROYE (de) seigneurs d’Airvault. Après la remontée de plusieurs générations j’atteins la famille MAINGOT, puis les vicomtes de Thouars descendants en partie de l’illustre famille des LUSIGNAN, ainsi que de Hugues CAPET (Source site Internet Capédia).

L’une des branches me mène à un personnage central de ma généalogie de la fin du Xe siècle, mais dont je ne descends pas étonnamment. Il s’agit de Aumode de GÉVAUDAN (†1005), fille du comte de GÉVAUDAN et d’Azalais dite Adélaïde d’ANJOU (épouse en secondes noces de Louis V fils du roi Lothaire et en troisièmes noces du comte de Provence).

Pourquoi Aumode m’a-t-elle passionné me direz-vous ?

Tout simplement parce qu’elle était une femme intelligente, ambitieuse et quelque peu extralucide. Par ses visions, elle a participé à l’histoire des comtes du Poitou, dans laquelle je retrouve une bonne partie des mes ancêtres poitevins, en plein milieu du Moyen Âge.

Je vais donc vous conter l’histoire du songe étrange de la comtesse Aumode à Charroux, d’après Ademar, chroniqueur de l’époque, joliment reprise mais avec de minimes lacunes dans le livre de Jacques PINEAU(1) et reprise par moi-même à la vue des éléments de recherches de Michel DILLANGE, membre correspondant des Antiquaires de France et de nombreuses sociétés savantes.

L’histoire d’un songe

« Audebert comte de la Marche, était un homme rude et batailleur. Au roi Hugues Capet (°939 †996), qui lui reprochait ses turbulences en lui lançant : « Qui t’a fait comte ? », il répondit insolemment : « Qui t’a fait roi ? » (2) 

Or en 992, il se trouvait un jour chez son frère Boson dit le Jeune, au château de Rochemaux (rupes Madeldis) à Charroux. Son épouse Aumode, fille du comte de Gévaudan, l’avait accompagné. C’était une femme étrange, qui avait des « dons », notamment celui de voyance. Elle était jeune et belle (« Lasciniam juventutis », nous dit le chroniqueur). Or, un matin à son réveil, elle dit à son mari : « J’ai fait un beau rêve, j’ai rêvé que j’étais comtesse du Poitou. Comme mes rêves se réalisent toujours, tu vas rassembler ton armée, ton frère Boson la sienne, vous allez marcher sur Poitiers, et tu prendras la place de Guillaume(3) , le comte du Poitou. »

 Pareil discours ne pouvait que plaire à Audebert. Les deux frères rassemblèrent leurs armées, et se mirent en marche vers Poitiers. Cette ville était couverte au sud par la forteresse de Gençay qui, à l’époque, consistait en une grande tour entourée de palissades et d’un fossé. C’était la tour de Moncabré, construite lors des invasions Normandes. Audebert fit couper un grand arbre et le fit monter sur roues. Poussé vigoureusement par ses soldats, il enfonça la palissade et l’arbre servit de pont pour franchir le fossé. La forteresse fut bientôt prise.

Mais, pendant ce temps, Guillaume avait fait appel à son cousin le roi Robert (4) . Celui-ci lui envoya ses troupes, l’affront fait par Audebert n’ayant pas été oublié.

La rencontre eu lieu près de Gençay, Boson et son frère furent mis en déroute. Audebert fut tué par une flèche et la forteresse de Rochemaux à Charroux prise. Le comte du Poitou, Guillaume, était jeune et célibataire. Or, la comtesse Aumode, devenue veuve, était une femme qui s’y connaissait en enchantements et sortilèges. Elle sut vite plaire à Guillaume qui l’épousa. Ainsi son rêve fut réalisé. »

Cette union permet à Guillaume de diriger l’un des plus vastes territoires qu’a couvert le duché aquitain dans l’histoire, tout en préservant la paix, avec ses rivaux d’Anjou et de Bourges.

Je descends à la fois de la première union de Audebert Ier, par son fils Bernard Ier (992+1047) et du troisième mariage de Guillaume dit le Grand, duc d’Aquitaine avec Agnès de BOURGOGNE, dont Guy-Geoffroy dit Guillaume VIII (1023+1086), 13e duc d’Aquitaine (voir la synthèse de mes ascendances indiquées en gras).

Ascendance d'Aumonde de Gévaudan, généalogie, Charroux

Ascendance d’Aumode de GEVAUDAN ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Il y a une bonne quinzaine d’années, alors que je débutais ma généalogie, je m’étais intéressé à l’histoire ancienne du Poitou et m’étais plongé dans la lecture de l’ouvrage de Michel DILLANGE, « Les comtes de Poitou, ducs d’Aquitaine (778 – 1204) ». J’étais loin de penser qu’il s’agissait de l’histoire d’une partie de mes ancêtres.

Notes :
(1) source : « Charroux et sa région », page 75
(2) Hugues a été élu roi par l’assemblée des seigneurs
(3) Guillaume dit le Grand (°939 †1030) petit-fils de « Tête d’Etoupe »
(4) Robert II dit « le Pieux » (°972†1031)


Sources : 

« Charroux et sa région : mystères de leur histoire » par Jacques PINEAU, broché de 164 pages, éditeurs P. Oudin et E. Beaulu, 1978

« Les comtes de Poitou : Ducs d’Aquitaine (778-1204) » par Michel DILLANGE, reliure de 303 pages, Geste éditions coll. Histoire, 1995

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