#ChallengeAZ │ Q… Queaux, sur la route des voituriers

Queaux, vue générale

Queaux, prononcez « kio » avec l’accent local, est une petite bourgade du sud-est de la Vienne qui fait partie de l’arrondissement de Montmorillon et située aux confins de la Marche et du Poitou. Le bourg est construit au bord de la vallée de la Vienne sur le flanc d’une colline.

C’est à Queaux, en 1858, que Louis MARTIN, 48 ans veuf de Marie IMBERT, va épouser Jeanne BONNEAU et qu’il va s’y installer définitivement puisque c’est là qu’il finira sa vie. Il est l’un des 13 enfants identifiés de Louis et Jeanne FERRAND. En 1858, les parents étaient décédés à Persac 11 ans auparavant pour le père et 5 ans pour la mère. Louis est né à Persac, bourgade située en face de Queaux sur l’autre rive de la Vienne. La traversée entre Persac et Queaux s’effectuait par l’intermédiaire d’un bac et il est certain qu’aussi bien Louis que sa famille a très souvent emprunté ce bac dans le cadre de sa profession. Louis est voiturier et il est issu d’une longue lignée de voituriers qui ont arpenté les routes de la Vienne et des départements limitrophes.

Nous avons été très intrigués la première fois que nous avons rencontré ce métier dans notre généalogie. Naïvement et sans doute par manque de connaissance des particularités économiques de la contrée, nous avons imaginé que ces voituriers étaient des précurseurs de nos autocars modernes. Cette imagination, qui nous apparaît farfelue aujourd’hui, était alimentée par les images des diligences qui fleurissent dans les pages des bandes dessinées que nous aimons parcourir. C’est en lisant avec beaucoup d’intérêt le livre « Le peuple de la forêt » d’Emmanuel DION et Sébastien JAHAN que nous avons compris notre bévue et découvert par la même occasion une communauté avec ses codes de vie spécifiques.

Ce Louis MARTIN et ses ancêtres étaient donc des voituriers de charbon ou des voituriers de fer, fortement liés à l’activité des forges, en l’occurrence la forge dite de Verrières à Lhommaizé et celle de Goberté à Gouex. Mais très vite, nos ancêtres voituriers vont nous emmener vers la forge de Luchapt dans la Vienne, celle de l’Abloux à Saint-Gilles dans l’Indre et très récemment à La Peyratte dans les Deux-Sèvres.

Situation géographique des forges fréquentées par nos ancêtres MARTIN voituriers © Géoportail

Le voiturier fait partie des métiers qui gravitent autour des forges comme les charbonniers. Dans la famille des MARTIN, les enfants sont voituriers de père en fils et les filles épousent des voituriers ou des charbonniers !

Dans le bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest du 3e trimestre 1976, nous avons un descriptif très précis sur les différents métiers qui gravitent autour de la forge de Verrières à Lhommaizé. Cette forge située au sud-est de Poitiers a fonctionné de 1595 à 1886. Elle était la propriété des ducs de MORTEMART avant d’échouer à la famille de BEAUCHAMP, maîtres de forges de père en fils. Les bois environnants appartenant également aux ducs de MORTEMART, cela facilitait l’exploitation et la gestion forestière et permettait ainsi une alimentation autonome et régulière de la forge. 

Notes sur les forges du Poitou – extrait des Affiches du Poitou 08/09/1774 © Gallica BnF

Dans la chaîne de fabrication d’une forge, le voiturier intervient pour transporter les sacs de charbon, une fois le bois converti en charbon, pour le mener à la forge. D’où des liens très étroits entre les voituriers et les charbonniers.

Le chariot à charbon. Estampe de Théodore GERICAULT (1791-1824) © Grand Palais (musée d’Orsay)

Voici la description qui est faite par les Antiquaires de l’Ouest du métier de voiturier :

« Il faut transporter environ 15000 sacs chaque année, ce qui représente 750 tonnes à une distance moyenne de 5 à 15km mais parfois jusqu’à 40km. Si dans des provinces éloignées on recommande le transport par voitures tirées par des chevaux, ici en Poitou on utilise essentiellement des mulets. […] Des voituriers disposant chacun de 30 à 40 mulets menés par des valets à gages, s’engageaient à s’assurer les transports de n’importe quel matériel moyennant un prix forfaitaire, dépendant de la distance. […] Au départ, chaque voiturier doit recevoir du commis aux bois un billet indiquant le jour du départ, la quantité des mulets chargés, le nombre de sacs de « grands charbons » et de « menus charbons ». Et ce commis en tiendra le double sur son registre. A l’autre bout de la chaîne, le commis aux forges doit vérifier le billet de chaque voiturier ainsi que l’état des sacs. […] L’on peut imaginer dans ce paisible Poitou, des files de 30 à 40 mulets dirigés par un voiturier et 6 à 8 valets transporter d’un seul coup 1,5t à 2t de charbon de bois. Comme la consommation devait être très approximativement de 2t, c’est une quarantaine de mulets qui devaient venir chaque jour apporter leur chargement à la Forge. »

Extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest 3e trim 1976 – © Gallica BnF

Nous n’avons pas encore trouvé d’où est originaire le patriarche Mathurin MARTIN, époux de Renée ESLOY. Nous savons juste qu’il est décédé à Bouresse en 1710. Ses enfants sont nés à Verrières, puis Lussac-les-Châteaux et enfin à Saint-Secondin. Sur 7 enfants identifiés, 4 garçons sont voituriers. Si le patriarche semble être resté près de la forge de Verrières début 1700, on constate une mobilité rapide de ses enfants et petits enfants. Deux enfants de Mathurin vont finir leur vie à Saint-Gilles dans l’Indre près de la forge de l’Abloux en étant passé auparavant par la forge de Luchapt soit près de 90 km entre les 2 lieux.

Au XVIIIe siècle, les forges fonctionnaient à plein régime et on comprend aisément qu’elles avaient besoin d’une importante main-d’œuvre pour les alimenter en permanence. Il était donc plus aisé pour un père voiturier de transmettre son savoir-faire à ses fils et de s’associer avec des gendres eux-mêmes issus de familles de voituriers.

Pour certains laboureurs, le métier de voiturier était un complément de revenus ou une promotion sociale. C’est sans doute le cas pour Silvain TABUTEAU, cultivateur et fils d’un cultivateur Louis TABUTEAU, qui devient voiturier en épousant en 1815 Marie MARTIN l’arrière-arrière-petite-fille de Mathurin et sœur de Louis MARTIN.

Sur les quatre générations précédant Marie et Louis MARTIN, nous avons identifié 31 voituriers dont 17 descendants par les garçons MARTIN ; les 14 autres sont les époux des filles MARTIN. Sachant que la plupart des conjoints sont également des descendants de voituriers ou de quelques charbonniers, ce premier inventaire donne une idée de la communauté constituée autour de la forge de Verrières et de Goberté dans un premier temps puis autour de la forge de Luchapt avant de s’éloigner vers les forges de l’Indre ou des Deux-Sèvres.

A partir de la cinquième génération, on devine la diminution de l’activité des forges, car les individus vont se stabiliser et se marier avec des cultivateurs pour revenir vers une activité agricole. Ce sera le cas des enfants du Louis MARTIN qui finira ses jours à Queaux.

Notre quête autour des ancêtres voituriers est loin d’être finie et difficile à mener étant donné les routes qu’ils ont empruntées parfois pour une même génération. Mais la généalogie est un long fleuve tranquille et il faut savoir être patients et persévérants.

Lignée des ancêtres MARTIN voituriers


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#ChallengeAZ │ P… Poitiers, le prix du sacrilège à Saint-Cybard

Détail du « Siège de Poitiers par Coligny en 1569 » peint par François Nautré, 1619 © Musée Sainte-Croix, Poitiers ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

La lecture des registres de la paroisse de Sainte-Radegonde de Poitiers apporte des informations parfois curieuses. En effet, le prêtre consigne des événements marquants pour lesquels il signale en marge une mention « ad memoriam » ou « chose remarquable ». Ainsi par exemple, il note en mai 1715 :

© Registres paroissiaux Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

« hier au soir a huit heures on brula vif au pilory de cette ville le nommé jean boucet natif de la ville maunommée près neuville pour avoir volé la nuit les vases sacrés dans l’église de St Cybard de cette ville, les calices, le St ciboire et la custode ou étaient les hosties qu’il renversa sur l’autel ; il en a fait amende honorable et a eu le poingt coupé devant cette église. » (page 30/92 registre numérisé des Archives départementales de la Vienne)

Un crime de sacrilège

Grâce aux conseils avisés du service des Archives départementales de la Vienne, il a été possible de consulter le dossier d’instruction ouvert par le présidial de Poitiers (cote 1 B 2/21-bis) et un monitoire promulgué par l’official du diocèse de Poitiers (cote 1 J 1101) concernant cette affaire. On en tire quelques informations complémentaires sur Jean BOUSSET.

Présidial Poitiers, Monitoire, AD86

Monitoire promulgué en novembre 1714 par l’official du diocèse de Poitiers, Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Le vol a été commis dans la nuit du 16 au 17 novembre 1714.
Sur la base de plusieurs témoignages un avis de recherche a été lancé avec le descriptif suivant : « de moyenne taille, le visage un peu long rouge vermeille gaté un peu de petite vérole le nez long et étroit assez beau visage ayant un chapeau à grand debord bordé d’or, une perruque courte tirant sur le blond nouée par les deux cotés, un habit de pinchina couleur de canelle, une veste et une culotte de chamois bordés d’un petit galon d’argent, une épée ou petit sabre à son cotté dont la poignée de façon d’agathe ou une petitte pomme de cuivre jaune, chaussé de guêtre detoille barrée. »

L’individu a été retrouvé. Il s’agit de Jean BOUSSET a dit être natif de Chabournay, marchand âgé d’environ 34 ans, fils de Vincent DOUSSET laboureur, demeurant à Arbois (Harbois) en Comté (Franche Comté). A noter qu’il sait écrire.

Il a une sœur Renée mariée avec un « tixeran » de la paroisse de Saint-Laurent-de- Jourdes (on trouve effectivement sur le site Internet Herage du CGP le mariage de  Renée BOUSSET avec François BOSIER le 3 février 1700 à Saint-Laurent-de- Jourdes), un beau-frère André LAURENSIN marchand blastier (on trouve effectivement sur Herage un André LAURENCIN marié à Vendeuvre-du-Poitou le 5 février 1690 avec Gabrielle BOUSSER fille de Vincent et de Gabrielle MANYE dont l’orthographe est plutôt DEMANGE) et une autre sœur mariée avec Laurent DEPOUDREL.

On trouve aussi sur Geneanet des données sur l’ascendance et la descendance de Renée BOUSSET précitée.

Une exécution rapide

Le dossier consulté aux Archives départementales n’est pas exhaustif, et on peut s’interroger sur la rapidité de l’exécution d’une sentence de condamnation à mort jugée par la chambre criminelle le 11 mai 1715, sans trace d’un appel au parlement de Paris ou de sa confirmation. Mais il est fait allusion dans l’un des documents, de « jugement  présidiale en dernier ressort (le nom de Dieu le premier apelé) », « attendu qu’il s’agit d’un sacrilège fait avec effraction ».

Jean BOUSSET a nié les faits, prétendant se trouver en Suisse à cette époque là, et il est difficile de connaître précisément les preuves de sa culpabilité à travers les pièces disponibles. On peut néanmoins penser que les paramètres suivants ont dû y contribuer, à savoir :

  • la description détaillée ayant probablement permis de l’arrêter,
  • les multiples témoignages évoquant sa présence à Poitiers notamment le soir près de l’église,
  • le fait d’avoir fait faire par un taillandier un outil correspondant aux traces de l’effraction (l’expertise scientifique ne date pas d’aujourd’hui),
  • la possession d’un petit crucifix de vermeil (fragment d’objet volé selon expertise d’un maître orfèvre),
  • la fréquentation de l’auberge du plat d’étain où il a laissé des affaires et d’un cabaret de Poitiers avec le témoignage de discussions,
  • la présence sur le site de Mirebeau d’un almanach déchiré de 1713 imprimé à Besançon (présent dans la liasse des AD86) après un vol effectué le 27 juin 1713.

A noter que le 29 avril 1715, il a fait une tentative de suicide par pendaison dans le cachot où il était retenu prisonnier.

Pour crime de vol de vases sacrés et profanation du Saint Sacrement, le 10 mai 1715 il a été requis contre lui « de faire amende honorable nud en chemise, la corde au col, tenant entre ses mains une torche de cire ardente de poids de deux livres devant la grande porte principale entrée de l’Eglise St Cibard où il sera mené par l’exécuteur de la haute justice ayant deux écriteaux devant et derrière avec ce mot Sacrilège, et estant nud teste et à genoux déclarera que méchament il a vollé la dite Eglise, dont il demande pardon à Dieu, au Roy et a justice Ce fait aura le poing coupé sur un poteau qui sera planté devant la dite Eglise après quoi il sera mené par le dit Exécuteur de la haute Justice en la place publique du pilory de cette ville pour y être attaché a un potteau avec une chaisne de fer sur un bucher et brullé vif, son corps réduit en cendres et ycelles jettées au vent, en cinquante Livres d’amende envers le Roy, et que premice de soufrir mort le dit Bousset soit apliqué a la question ordinaire et extraordinaire pour aussi révélation de ses complices et y estres interrogé sur les vols ds Eglises de Mirbeau, Vouzailles et Mauleon. »

La mention de son exécution dans le registre de la paroisse de Sainte-Radegonde figure après un acte du 12 mai 1715 et avant un acte du 16 mai, et du dossier précité on peut savoir qu’il était déjà mort avant le 14. On peut donc penser qu’il a été exécuté le jour même de la sentence.

On n’y allait pas de main morte à cette époque !


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#ChallengeAZ │ O… Un coeur en Or à Notre-Dame-d’Or

Notre-Dame-d’Or, petite bourgade du Nord-Vienne, est connue pour sa statuette de la Vierge en Or, dont chaque habitant croit connaître l’endroit où elle est cachée. Le village est aussi renommé depuis le milieu du 19e siècle lorsqu’un agriculteur local y découvre un trésor aujourd’hui exposé au musée Ste-Croix à Poitiers. Les nombreux hectares de vigne, avant d’être ravagés par le phylloxéra au début du 20e siècle, participent aussi à la notoriété de la Commune à ce moment-là

Mais calée entre le Puy de Mouron et la Motte de Puitaillé, deux monticules que la légende attribue au décrottage des bottes de Gargantua, Notre-Dame-d’Or éveille aussi la curiosité par un fait divers survenu en mai 1891 et presque oublié de nos jours. Et aujourd’hui, alors que l’égoïsme laisse le monde indifférent, cette histoire mérite d’être rappelée, pour montrer que la valeur n’attend pas le nombre des années.

« Le 05 mai 1891, trois fillettes de Notre-Dame d’Or, Florentine GUILLOT, 9 ans, Aurélie MOREAU, 5 ans et Lucie MOINE, qui n’a pas encore 2 ans, s’amusent dans la cour de la maison d’habitation des parents GUILLOT (située route de Frontenay et aujourd’hui détruite). Tout à coup, la petite Lucie tombe dans une cuve pleine d’eau. Aux cris poussés par la petite, la jeune Florentine GUILLOT, qui s’est momentanément éloignée, accourt et est assez forte pour retirer hors de la cuve la petite Lucie, qui en a été quitte pour une grosse peur. »

Florentine GUILLOT, vers 1920,
qui a évité la noyade à Lucie MOINE © photo collection famille M. L. THOMAS

Lucie MOINE, vers 1940, sauvée des eaux © photo collection L. MOINE

Les journaux de l’époque ne relatent apparemment rien du tout. L’histoire aurait pu en rester là. Mais l’affaire remonte jusqu’à l’Académie qui inscrit sur un « Livre d’Honneur des actes de courage et dévouement » le nom de Florentine GUILLOT, accompagné d’un « Tableau d’Honneur » du même nom, affiché dans l’école du village. Pour compléter le tout, un diplôme et la médaille d’argent sont attribués à la jeune Florentine. C’est de ce « Livre d’Honneur » que nous vient le récit détaillé du sauvetage.

Tableau d’Honneur figurant dans l’ancienne classe de Notre-Dame-d’Or aujourd’hui salle des fêtes © photo R. ARCHAMBEAULT

Livre d’Honneur des actes de courage et dévouement de Notre-Dame-d’Or © photo L. MOINE

Mais d’où nous vient cette procédure?

Ces récompenses pour actes de courage et dévouement semblent tomber en désuétude à la fin du 19e siècle. La consultation des bulletins mensuels de l’Instruction Primaire de la Vienne de l’année 1891, conservés aux Archives Départementales de la Vienne, nous apportent quelques précisions. Ces actes de bravoures sont mentionnés régulièrement dans lesdits bulletins. Toutefois, dans celui numéroté 104 de mai-juin 1891, on y trouve une lettre de l’Inspecteur d’Académie écrite le 14 mai au Préfet de La Vienne pour les remettre au goût du jour. Déjà, dans un précédent rapport, le sujet avait été évoqué. Là, l’Inspecteur d’Académie passe carrément aux propositions en y ajoutant un caractère plus solennel.

Il semble évident pour le corps enseignant, consulté par ce dernier, que la meilleure façon d’enseigner la probité, la bravoure, l’abnégation, c’est d’honorer ceux qui ont montré l’exemple, et que l’école, pour ceux qui la fréquentent à ce moment-là, est le meilleur endroit pour le rappeler. Ne nous y trompons pas, l’objectif est aussi d’encourager les enfants à « faire preuve d’intrépidité, de sang-froid et de courage » tels que « la patrie pourrait en avoir besoin sur les champs de bataille. » Quand on connaît l’esprit de revanche envers l’Allemagne avec la perte de l’Alsace-Lorraine, outre le caractère solennel de l’acte, l’argument présenté par l’Inspecteur d’Académie est imparable. Ses propositions sont présentées pour application dans une circulaire par le Préfet de la Vienne dès le 25 mai 1891.

Ici, il faut  laisser parler Vincent Olivier sur le site « Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest » dont voici un extrait :

« Le département de la Vienne est doté à partir des années 1890 d’une mesure tout à fait originale, dont l’équivalent ne semble pas exister dans les départements voisins. Le 25 mai 1891, le préfet de la Vienne institue le livre et le tableau d’honneur « destinés à conserver à l’école même le souvenir des belles actions accomplies par les enfants de nos écoles ». […] Ainsi, dès qu’un écolier se signale par son intrépidité et sa bravoure, outre qu’il reçoit la lettre de félicitations officielle coutumière, le récit de l’exploit est inscrit à jamais à la fois dans ce feuillet délivré gratuitement pour l’occasion au directeur de l’établissement et dans un numéro du Bulletin départemental de l’instruction primaire du département de la Vienne. […] Dans cette volonté « d’encourager chez les petits écoliers les sentiments d’honneur, de courage et de dévouement », comme le signale l’inspecteur d’académie de Poitiers, l’attribution des félicitations revêt généralement un caractère solennel et se déroule au sein même de l’établissement où l’enfant est scolarisé. »

Et on peut supposer que notre Lucie est une des premières bénéficiaires de ces mesures. Malheureusement, la preuve est impossible à apporter, car il manque, dans la compilation des bulletins de 1891, le numéro 107, qui est probablement celui où est rappelé son acte de bravoure. Les autres bulletins jusqu’en 1895 n’en parlent pas.

On ne sait pas si Lucie sera reconnaissante plus tard envers Florentine. Toutes les deux ont connu des fortunes diverses et la vie ne les a pas épargnées.

Que sont-elles devenues?

Florentine GUILLOT, née en 1882, se marie avec Onésime DEPOYS en octobre 1901 à Notre-Dame-d’Or et aura un seul enfant, André, né en 1902. Ce dernier se marie tardivement, en 1944, avec Cécile GUILLOT, veuve de guerre de Marcel THOMAS, tué aux combats de 1940. Florentine, en mal de descendance, considère alors le fils qu’a déjà Cécile, Hubert THOMAS, âgé de 14 ans, comme son propre petit-fils. Hubert devient à son tour père d’une fille en 1959 et Florentine l’accueillera ainsi comme « son » arrière-petite-fille. Mais la joie est de courte durée. Florentine s’éteint en 1962 à Notre-Dame-d’Or, à 80 ans.

Quant à Lucie MOINE, sauvée des eaux, elle est la seule fille de la famille au milieu de trois frères: Lucien, Maurice et Achille. La maison de ses parents existe toujours, au 4, route de Frontenay. Elle épouse Edmond PELET, menuisier de son état en avril 1907 à la Grimaudière où ils vont désormais habiter. Edmond, qui comme tout bon menuisier qui se respecte, « fait la sieste dans les cercueils qu’il fabrique, pour voir si on est bien dedans », me raconte son petit-fils en cette fin mai 2018 ! Edmond et Lucie auront deux enfants: Yvette future TERRIOT et Joseph. Malheureusement, la guerre 14/18 fauche les deux premiers frères de Lucie, Lucien et Maurice. Couturière déclarée, Lucie apprend le métier aux jeunes filles du village. Joseph, le fils, apprend le métier de menuisier, mais pour ne pas subir l’influence du père, finit par devenir gendarme. 

Hélas, Lucie meurt le 09 août 1941 à La Grimaudière, à l’âge de 52 ans, suite à un AVC. Joseph, le fils gendarme qui est en poste à Modane (Savoie), apprend la nouvelle et rentre en train jusqu’à Poitiers puis en vélo jusqu’à La Grimaudière. On imagine le parcours en temps de guerre avec la ligne de démarcation à franchir et un trajet de 45 km en vélo en plein été…. A son décès, Lucie n’a pas sauvé de vie pour, si on peut dire, « rembourser » sa dette. La postérité va s’en charger.

Joseph est au service des autres et à la protection de chacun. Mieux encore, plus tard, les deux enfants de Joseph deviennent médecins. Ils vont protéger et sauver des vies jusqu’à leur retraite récente. Lucie, sauvée de la noyade, à travers sa descendance, peut être tranquille là-haut.

Florentine et Lucie sont nées dans deux maisons séparées de 10 mètres l’une de l’autre. Aujourd’hui, elles reposent toutes les deux dans le cimetière de Notre-Dame d’Or, à 10 mètres aussi l’une de l’autre, inséparables dans la vie, inséparables pour l’éternité.

Le lieu de l’accident du 5 mai 1891 à Notre Dame D’Or © photo R. ARCHAMBEAULT

Le cimetière de Notre-Dame d’Or où reposent Lucie MOINE et Florentine GUILLOT © photo R. ARCHAMBEAULT

Non sans une pointe d’humour, un des petit-fils, médecin local rencontré récemment, termine l’évocation d’une grand-mère qu’il n’a pas connue par: «C’est un problème que de tomber à l’eau dans notre famille. Je suis moi-même tombé dans un des bras de la Dive à La Grimaudière à l’âge de 3 ou 4 ans, vers 1955, sauvé en cela par un des ouvriers de la scierie toute proche. Par la suite, je suis même devenu son médecin !»

De nos jours, les règles de détails relatives à ces récompenses sont définies dans l’instruction n°3918 du 18 septembre 1956 et la circulaire du 14 avril 1970. Le critère à retenir pour l’octroi de la médaille pour actes de courage et de dévouement est la notion de risque certain encouru par le sauveteur à l’occasion d’un acte précis de courage et de dévouement. Il existe différentes récompenses graduées :

  • Lettre de félicitations
  • Mention honorable
  • Médaille de Bronze
  • Médaille d’Argent de 2ème classe: la médaille d’argent est décernée exclusivement aux titulaires de la médaille de bronze qui ont, à nouveau, fait preuve de courage et d’abnégation
  • Médaille d’Argent de 1ère classe
  • Médaille de Vermeil
  • La Médaille d’Or n’est généralement accordée qu’à titre posthume.

 

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#ChallengeAZ │ N… Nérignac, le curé doit savoir nager !

Un prêtre nageur entre Moussac et Nérignac

Au cours de mes recherches, en consultant les actes de la paroisse de Moussac, j’ai découvert un curé à l’abnégation remarquable, allant jusqu’au péril de sa vie, en traversant la rivière pour ses paroissiens.

Acte de décès, Moussac, AD86

Acte de décès de Gabrielle SAUVAGE – Moussac BMS 1768-1781 vue 17 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

« Gabrielle Sauvage métayère à la guigne fauderie au bourg de Nérignac s’étant trouvé à toute extrémité le 21 de ce mois de Novembre et désireuse de recevoir ses sacrements de Notre Mère la ste église, le curé de Moussac a esté les luy administrer et à son retour obligé de passer à la nage la petite rivière du blour qui sépare nérignac de moussac pour voir d’autres malades. La ditte Sauvage étant venue a décès La nuit du 21 au 22 et la Rivière trop gonflée il n’eut pas esté possible dapporter son corps pour linhumer dans le Cimetière de Moussac et pourquoy Le Sousigné voyant la Rivière un peu Retirée, s’est Exposé encor pour aller faire Linhumation du corps de la ditte Sauvage Cejourdhuy 24 9bre 1769 Dans le Cimetière de Nérignac au pied de la Croix du dit cimetière. La ditte Sauvage de son vivant épouse de jean grimaud au dit lieu presents le dit grimaud et autre jean grimaud et hylaire grimaud ses enfants, claude colasson, jean geais et plusieurs autres dudit bourg qui ont déclarés ne savoir signer de ce en qui et interpellés. Jabouin archiprestre Curé de Moussac. »

 Petite ou Grande Blourde ?

La rivière traversée par le curé téméraire est en fait la Grande Blourde et pas la Petite Blourde située beaucoup plus à l’Est et de plus en dehors de la paroisse de Moussac. La Grande Blourde entre les bourgs de Moussac et Nérignac mesure environ sept à quinze mètres de large. Nérignac était une section de la paroisse de Moussac. À de nombreuses reprises, au cours des siècles, lors des inondations, les curés ont témoigné de leurs difficultés à traverser la rivière, en raison des gués submergés, afin d’aller baptiser en urgence les nouveau-nés ou donner l’extrême onction aux mourants. Nérignac devient une commune en 1790 et possède sa propre église.

Où se trouvait donc le lieu de la Guigne Fauderie au bourg de Nérignac ?

Ce lieu n’apparaît sur aucune carte récente et n’est pas non plus mentionné dans le dictionnaire topographique de Louis Rédet. Seul l’ancien cadastre de 1835 mentionne un bâtiment près du bourg nommé « Tienne Fondrie » susceptible de correspondre. Celui-ci existe toujours et se trouve actuellement situé à l’angle de la rue de la Fontaine et de celle du Trémail.

Plan de situation, Nérignac, plan cadastral, AD86

▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Qui était Gabrielle SAUVAGE ?

Gabrielle Antoinette dite Françoise Gabrielle ou encore dite Renée SAUVAGE est la fille de Charles et d’Anne TOURAUD, originaires d’Adriers. Elle s’unit le 12/11/1733 à Adriers à Jean GRIMAUD, laboureur né le 23/04/1703 à Moussac, fils de Gervais et de Jacquette BERTHOMIER. Ils ont au moins sept enfants, nés de 1741 à 1760. Jean GRIMAUD meurt à Nérignac le 16/01/1771 et est inhumé le lendemain au cimetière de Moussac.

Qui était Jean JABOUIN ?

Jean JABOUIN (°ca1728 †1788) archiprêtre de Lussac et curé de Moussac officie en la dite paroisse de 1756 à 1788, année de sa mort. De nombreux confrères sont présents à ses funérailles à Moussac :

« Le dix du mois de Septembre de l’année mil sept cent quatre vingt huit je soussigné ay inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de messire jean jabouin archiprêtre de lussac et curé de moussac qu’il a conduit lespace de trente ans avec tout le zele et ledification dignes de son merite et ou il est decedé hier aagé d’environ soixante ans et munis des sacrements, presents à son enterrement messire jean Comte curé de gouex, messire pierre françois bonnet curé de perzac, messire hippolite jean baptiste barrier prieur curé de St paixent, messire jean gaujoux prieur curé du vigean, messire jean Laurendeau Curé de lizant, messire henri louis galliard Curé de queaux celebrant et autres avec nous soussignez.    J Comte curé de gouez    p.f. Bonnet curé de persac   h.j.B. Barrier pr curé de st paixant    Gaujoux prieur curé du vigean    martin deshoulieres p. curé de lisle     jean hubert vic. de persac    Etienne Leonard Carteau Diacre    Laurendeau curé de Lizant    Bernardeau de Valence    h.l. Gaillard curé de queaux officiant comme doyen des curés de Larchiprêtré »

Acte d’inhumation du curé Jabouin – Moussac BMS 1782-1792 vue 80 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Retrouvez les chroniques d’Anthony sur GénéaBlog86

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#ChallengeAZ │ M… Mornay, qui a volé le château ?

Nouveaux arrivants dans le village, nous faisons rapidement la connaissance de nos plus proches voisins. Autour d’un verre, chacun évoquant ses activités, ses loisirs, ses passions, nous venons à parler de généalogie et d’histoire locale. Et là notre voisine nous raconte que son arrière-grand-père était régisseur d’un château, propriété du Comte de LAISTRE, situé sur la commune de Mazeuil, au lieu-dit Mornay, château aujourd’hui disparu et dont les circonstances de la destruction lui sont inconnues. Toutefois une rumeur a circulé : Le Comte de LAISTRE aurait perdu sa demeure aux cartes !

Rumeur ou réalité ?

Héritage d’un domaine viticole florissant

Son père, le Comte Paul Marie Gustave de LAISTRE,  qui lui avait légué le domaine de Mornay par testament olographe du 3 décembre 1866, y avait fait construire deux grandes caves et planter 45 hectares de vignes de différents cépages.

Extrait du testament olographe du Comte de LAISTRE © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

L’intégralité du testament est à lire ici.

Le domaine semblait florissant. Le Comte de LAISTRE père, vigneron dans l’âme, recevait régulièrement des visites de membres de la Société d’Agriculture. Il avait participé à l’exposition universelle de 1867 à Paris. Le « Château-Mornay » y avait même été primé. (cf gallica : catalogue officiel des exposants récompensés par le jury international p. 68).

Différentes revues mentionnent cet homme, passionné de viticulture, accueillant ses visiteurs avec toujours autant de gentillesse et de précieux conseils. En revanche rien sur le château que le Comte de LAISTRE, descendant de l’illustre famille des Seigneurs de Marconnay, Mornay et autres places, avait déclaré apporter en mariage lors de son union avec Mathilde Marcelline LAMIRAULT de NOIRCOURT en août 1855. Seul le livre « Le patrimoine des communes de la Vienne » aux Editions Flohic Tome 2 page 612 mentionne ceci : « Le château de Mornay a été habité par une branche de la famille de Marconnay, dont le dernier est le Comte de Laistre. Il comportait 32 pièces et un escalier de marbre en colimaçon. »

Alors que s’est-il passé ?

Les registres des hypothèques mentionnent de nombreuses ventes entre 1879 et  1909, année où le Comte  Paul Marie Marcel de LAISTRE vend son domaine de Mornay  à un certain Élie DION, expert, demeurant à Parthenay.

Acte de vente du domaine de Mornay du 24 mars 1909 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Cette vente parait aussi soudaine qu’étrange et la perte au jeu du domaine bien plausible d’autant plus qu’Elie DION va s’en dessaisir six mois plus tard en l’échangeant contre des biens appartenant à Pierre PÉRINET, échange passé devant Me COLAS notaire à Mirebeau. Le nouveau propriétaire vient habiter sa nouvelle demeure avec sa femme Léonie JUTEAU et son fils Armand Pierre.

Recensement de Mazeuil 1911 © Archives départementales de la Vienne

Mais Pierre PÉRINET ne profite pas très longtemps du domaine. Il décède le 22 janvier 1915. Son épouse renonce à la succession qui échoie donc à son fils Armand Pierre alors mobilisé. Celui-ci ne pense pas revoir son Poitou natal et rédige son testament. Il disparaît trois mois après son père laissant tous ses biens à sa légataire universelle Angeline DELAVAULT.

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Dans quel état se trouve alors le château ? Nous ne le savons pas.  Seul élément : la déclaration de succession d’Angeline DELAVAULT en date du 7 juillet 1934 mentionne les ruines de l’ancien château de Mornay. A quoi ressemblait-il ? Quand a-t-il été détruit ? Nous n’avons pas réussi à le découvrir.

Seuls subsistent aujourd’hui le pigeonnier et les grandes caves.

Ci-dessous cartographie des lieux cités au cours de ce Challenge AZ.
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