#ChallengeAZ │ W… Place William Cody, un reste du far-west dans la capitale pictave

Ah le W ! Une des lettres retord de l’alphabet pour tous ceux qui participent au challenge AZ ! Être à l’initiative du thème proposé et se retrouver avec cette lettre… dans quelle galère me suis-je aventurée !

Cherche W … désespérément…

Dernièrement, j’ai dû examiner le plan de la ville de Poitiers pour préparer un rendez-vous. En cherchant mon itinéraire, mes yeux se sont posés sur un nom de place qui m’a intriguée : Place William CODY. Quelques recherches rapides plus loin, j’ai la confirmation de l’évocation de ce nom : il s’agit ni plus ni moins que le patronyme du célèbre Buffalo Bill. Ma curiosité était aiguisée. Pourquoi ce personnage qui évoque le far west a-t-il marqué à ce point la cité poitevine pour en baptiser l’une de ses places ?

Les premiers éléments que je découvre parlent du passage du général CODY et son cortège de cow-boys et d’indiens sur le sol français et à Poitiers en particulier en 1905. Cette découverte va m’embarquer dans un événement qui a dû passionner les foules et sans doute marqué certains de nos ancêtres en France et même en Europe au début du XXe siècle. En tout cas, il m’a permis de m’interroger sur les distractions que pouvaient avoir nos anciens pendant les quelques heures de repos qu’ils s’autorisaient.

Je me lance alors dans des recherches que j’affectionne particulièrement : un examen de la presse ancienne en ligne sur le site des Archives départementales de la Vienne et pour élargir le sujet une fouille minutieuse du site Gallica.

La place William Cody à Poitiers

Place William CODY, Poitiers © Google Maps

Cette place au demeurant ne paye pas de mine : un petit carré de verdure, quelques arbres entourés de barres d’immeuble. Nous sommes dans le quartier de Bellejouanne situé dans la partie sud-ouest de Poitiers en direction de Bordeaux. Au XVIIIe siècle ce quartier était essentiellement rural et constitué de champs. On y trouvait surtout des journaliers et des laboureurs. Située non loin du parc des Prés-Mignon et du château autrefois appelé la « Villa Bellejouanne », c’est justement sur ce domaine que s’est déroulé le spectacle du Wild West Show à la tête duquel paradait William Cody alias Buffalo Bill.

1905, Poitiers à l’heure du Far West

En 1905 la radio n’existe pas (la première émission de radio en France destinée au public n’a lieu qu’en 1921), pas plus que la télévision (le premier journal télévisé ne sera diffusé qu’en 1949). Et pourtant, l’arrivée en Europe et la tournée en France du show de Buffalo Bill va être un événement immense tant par le spectacle en lui-même que par la logistique qu’il nécessite.

Lorsque la troupe débarque à Poitiers le 1er septembre 1905, le spectacle a déjà été rodé dans près de 70 villes. Le tour entame la deuxième partie de son périple qui avait démarré à Paris en avril 1905 et qui s’arrêtera à Draguignan en avril 1906, après être passé dans près de 120 villes avec 270 représentations à raison de deux spectacles par jour et par ville traversée.

Parcours du Wild West Show en France en 1905-1906 ▲ clic sur l’image pour accéder à la carte interactive

L’annonce de l’arrivée de ce grand barnum se fera donc à grand renfort de publicité dans les journaux et par affichage dans la ville mais aussi par les hurleurs de rue et sans doute également par le bouche à oreille. La veille il était à Châtellerault et on peut penser que les conversations devaient être bien animées à ce sujet dans les marchés locaux et autres foires, et ce d’autant plus qu’il a bien fallu préparer la réception de tout ce beau monde, notamment en terme de logistique.

Publicité dans la presse locale ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Publicité dans la presse locale ▲ clic sur l’image pour l’agrandir.

Voici ce qu’en dit le Mémorial du Poitou du 30 août 1905 

« Quand on voit des Indiens, des Cowboys, des Cosaques russes, des paysans Mexicains, des lanciers Anglais, de la cavalerie des Etats-Unis, de l’artillerie et de l’infanterie, des Ciskos hongrois, des guerriers nègres, des chasseurs Français, réunis dans un tourbillon d’actions de bravoure en plein galop, on conserve quelque chose dont le souvenir vous a émotionné, éduqué et vous a plu. […] La splendeur du spectacle, l’adresse des cavaliers, la rapidité et la force des chevaux, les couleurs flottantes et l’acier scintillant, des lames des épées, des casques et des cuirasses, les fourreaux raisonnants et claquants, les éperons sonnants, tout cela vous grise et enflamme l’exultation, l’allégresse qui est dans chaque patriote de toute nation. » 
(Source : Archives départementales de la Vienne)

Le Journal de la Vienne dans son édition du 02 septembre (alors que la caravane est déjà repartie vers Angoulême) écrit :

« Une grande nouveauté va demain nous rendre visite sous la forme d’une exhibition qui est entièrement différente, sous tous les rapports, de toutes celle vues jusqu’ici. Ce n’est pas un cirque, ni une pantomime, ni un drame, ni un opéra, mais elle représente, dans leurs conditions naturelles, tous les éléments sur lesquels des représentations mimiques sont basées, c’est le Wild West de Buffalo Bill, avec ses cavaliers du monde entier, conduits personnellement par l’universellement célèbre Colonel W. F. CODY, dont le nom de guerre est familier à tous les lecteurs des faits historiques des guerres américaines, et dont la carrière aventureuse a formé le sujet de romans, contes et chants. […] Allez voir, faites en profit et agissez dans votre propre intérêt éducatif. » 
(Source : Archives départementales de la Vienne)

Comment ne pas être émerveillés en lisant ces lignes et avoir envie de se précipiter pour voir le spectacle ?

Imaginez…

Buffalo Bill, Willian Cody, Poitiers, Vienne, France, 1905

Composition des trains ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

La troupe a traversé l’Atlantique sur 16 bateaux. Trois trains spéciaux d’une quinzaine de wagons chacun sont nécessaires pour acheminer 800 hommes, 500 bêtes et le matériel : la caravane s’étend à perte de vue. A Poitiers, les trains sont arrivés entre 2h et 5h du matin. Le débarquement s’organise de façon ordonnée et rapide : à 6h15 l’installation est terminée !

Pendant l’installation des tribunes, des fournisseurs arrivent de tous côtés. Dans une seule journée, l’entreprise de Buffalo Bill doit se procurer 750 kilos de viande, 1000 kilos de pain, 400 kilos de pommes de terre, 60 kilos de beure, 150 kilos de sucre, 300 litre de lait et 700 à 800 kilos de légumes variés. Trois bouchers, dix cuisiniers, huit aides, trente-six garçons de salle, douze plongeurs et dix surveillants sont à la manœuvre à chaque fois. (Source : blog le grenier de mon moulins)

Les tentes disposées en quadrilatères autour d’une arène non couverte, abritent 12 000 places. La publicité précise qu’elles sont imperméables à la pluie et au vent et que le spectacle a lieu par tous les temps ! L’entreprise assure son propre éclairage grâce à une batterie électrique de 25 000 chevaux.

Autour de l’arène principale, d’autres tentes sont installées avec des attractions de variétés, mais aussi la vente de bières, glaces et produits divers comme des cartes postales, des livres sur la vie de Buffalo Bill, des boîtes à tabac, des paquets de cigares ou des savons à son effigie.

Les spectateurs vont en avoir plein les yeux avec pas moins de 22 numéros qui s’enchaînent avec rapidité pendant une heure et demi. Après 2 représentations, les salutations des artistes et le dernier salut du général Cody à peine fini, la caravane a déjà plié bagage : les tentes et le matériel ont repris le chemin de la gare. A minuit et demi, il ne restait plus rien de l’installation. Les locomotives fumantes tiraient déjà la caravane vers Angoulême.

Le Journal de la Vienne du 04 septembre décrit l’ambiance :

« La foule qui n’avait cessé de se porter, pendant toute la matinée de vendredi, aux abords de la gigantesque installation de Buffalo Bill’s, s’était considérablement accrue après le déjeuner. Dés une heure, on n’approchait que très difficilement des guichets où s’effectuait la distribution des billets pour la représentation de l’après-midi. […] Le passage du cirque Buffalo, a créé un mouvement de population très important à Poitiers. Les tramways électriques ont été pris d’assaut l’après-midi ainsi que le soir ; ils ont transporté 22000 personnes, ce qui a produit une recette de 2477 francs soit environ 1500 personnes de plus que pour la première représentation de Barnum en juin 1902. Le service des cars électriques étaient très bien organisés. A part quelques rencontres de voitures particulières, tout s’est parfaitement passé, sans accident de personnes. » (Source : Archives départementales de la Vienne)

S’il est évident qu’un tel événement a pu susciter un vif intérêt de la population poitevine, on peut toutefois s’interroger sur la sociologie des personnes touchées. Tout le monde n’avait pas accès aux journaux locaux et n’a donc pas pu lire tous les articles précédant la venue de William CODY qui vantaient ses succès sur le territoire américain. Par ailleurs, comme le note Gino Tognolli, pour l’Est Républicain « Il fallait payer 1,50 Fcs ou 8 Fcs, selon que les spectateurs étaient assis de façon spartiate ou dans les loges. C’était des sommes à l’époque. Le salaire journalier était inférieur à 5 Fcs et le chômage important ».

Nos ancêtres paysans ou les manouvriers ont-ils pu assister au spectacle ? Ils ont en tout cas du être présents au défilé de la troupe dans la ville entre la gare et le quartier de Bellejouanne, ce qui leur a sans doute laissé aussi quelques souvenirs.

Qui était William Cody ?

William Cody alias Buffalo Bill vers 1911 © Wikimedia

Il est né le 26 février 1846 à North Place dans l’Iowa (Etas-Unis). Il sera tour à tour messager pour la société Pony Express (1857), soldat dans l’armée nordiste durant la guerre de Sécession (1861-1865), et scout éclaireur (1868) pour la cavalerie des États-Unis, sous les ordres du général Georges Armstrong Custer. Il a acquis son surnom de Buffalo Bill en 1867, à cause du nombre de bisons tués au profit de la Kansas Pacific pour approvisionner les ouvriers construisant la ligne de chemin de fer.

C’est en 1883 qu’il crée son Buffalo Bill’s Wild West Show représenté pour la première fois le 19 mai 1883. Il effectuera une première tournée en Europe à la fin des années 1880. Après avoir réintégré l’armée des États-Unis en 1890 et participé à la fin des guerres indiennes, il effectue une seconde tournée en Europe (1905-1906) avec son cirque. Mais il déposera le bilan  en 1912. Il meurt le 10 janvier 1917 à Denver (Colorado) où il s’est retiré chez sa plus jeune sœur.

Et la généalogie dans tout ça ?

Ma curiosité étant rassasiée sur cet événement qui a traversé la France et toute l’Europe en 1905, je ne pouvais pas laisser ce personnage sans essayer d’en savoir un peu plus d’un point de vue généalogique. En faisant une recherche rapide sur Geneastar et la base Capedia, je découvre une jolie surprise : William CODY serait un descendant d’Aliénor d’AQUITAINE à la 25e génération !

Bien sûr tout ceci mérite une profonde vérification, mais cette trouvaille est assez amusante. Ainsi la place William CODY trouverait un sens et se justifierait par ce lien entre ces deux personnages qui ont marqué l’histoire de Poitiers et de la Nouvelle Aquitaine.

 

Ci-dessous cartographie des lieux cités au cours de ce Challenge AZ.
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#ChallengeAZ │ V… Vouillé, un tableau en l’honneur des poilus

Cimetière de Vouillé, Vienne, 14-18

Tableau d’honneur, cimetière de Vouillé (86) © Alain Emeriault

Il y a dans le cimetière de Vouillé un monument de mémoire un peu particulier, une stèle qui regroupe les photographies de seize soldats morts pour la France lors de la première guerre mondiale.

Pourquoi n’y a-t-il que 16 noms sur ce monument ?

Le livre d’or et le monument aux morts de Vouillé comptent 60 noms, parmi lesquels figurent les 16 soldats de la plaque commémorative. Alors comment ces 16 photos, ces 16 soldats, ces 16 noms ont-ils été réunis sur cette plaque ? Ont ils un point commun ?

Pour en savoir plus, je me suis lancée pour chacun d’eux dans une enquête généalogique, remontant quand c’était possible l’arbre généalogique de chacun d’eux jusqu’à la Révolution, reprenant leurs parcours militaires.

Voici les résultats de mes recherches :

Ils ont presque tous entre eux des relations familiales, même s’il faut parfois remonter à un arrière grand père commun, mais dans une commune rurale de 1400 habitants, le fait n’est pas vraiment étonnant. Il y a sur cette plaque 2 frères : Fernand PAGOT et Gaston PAGOT, mais le frère d’Octave MARMAIN, Jean Emile, lui aussi tombé au combat, n’y figure pas. Le lien familial n’est donc apparemment pas le critère de selection pour cette plaque.

En suivant ce lien, retrouvez les relations de parenté que ces 16 hommes ont entre eux.

Répartition selon le mois de décès

Ils sont tombés tout au long du conflit :

  • Joseph DELAITRE est même le premier soldat du canton de Vouillé à être mort, de ses blessures, le 11 août 1914, à Marville, en Meurthe et Moselle.
  • Désiré Albert CHAUVET, le dernier décès avant l’armistice, est mort de maladie à l’hopital d’Angers, arrivé peu de temps auparavant au dépôt, tout juste âgé de 18 ans.

Etude plaque mémorielle du cimetière de Vouillé, Vienne 86, 14-18, généalogie

Répartition selon la classe

Ils représentent différentes classes d’âge, le plus jeune étant Désiré CHAUVET, né en 1900, qui s’engage à 18 ans, devançant l’appel, le plus âgé étant Edmond VILLAIN, né en 1880, mort le 16 mai 1918, après presque 4 années de guerre.

Répartition selon le régiment

S’ils sont 4 à appartenir au 68e régiment d’infanterie, les autres appartiennent tous à des régiments différents.

Quant à leur lieu de décès, impossible également de trouver un élément qui expliquerait qu’on les ait réunis sur cette unique plaque commémorative. A eux 16, ils représentent néanmoins les différentes phases et lieux de mortalité du conflit.

Alors, est ce juste le hasard, ou bien quelques familles ont elles choisi de financer ensemble cette plaque du souvenir ?

Analyse par les recensements

Ne trouvant pas de fil conducteur pour vous raconter en quelques traits chacun des 16 hommes de cette plaque, j’ai choisi de passer par le lieu où ils habitaient tous, eux ou leur famille, lors du recensement du printemps 1911 : Vouillé et d’en faire une cartographie.

13 des soldats nommés sur le tableau d’honneur du cimetière sont directement listés dans le recensement. L’un d’eux, Gaston MARCIREAU, est absent, effectuant son service militaire. Enfin les deux derniers, Daniel LIEGE et Germain MELIN, ne figurent pas sur le recensement de Vouillé, mais leurs parents y habitent.

▲ clic sur l’image pour accéder à la carte interactive

Sur cette carte, les marqueurs noirs représentent les lieux de décès de nos poilus, quand au marqueur bleu situé dans le Poitou, en cliquant dessus vous arriverez sur la localisation approximative du domicile de chacun d’eux en 1911 à Vouillé. Chaque point vous permet d’accéder à une fiche succincte concernant le poilu, reprenant sa photo, son état civil rapide et quelques données militaires.

Le travail que j’ai effectué sur ces 16 hommes m’a permis de découvrir de nouveaux cousins, notamment Charles Hubert COUILLAUD, cousin issu de germain de mon arrière grand-père François REAU.

ou les frères Omer et Gaston PAGOT, plusieurs fois cousins – lointains certes, mais cousins quand même – avec ma grand mère Marie Rose GUIGNARD.

Sur mon blog consacré aux poilus du canton de Vouillé, vous retrouverez une fiche plus détaillée de chacun de ces 16 hommes. Vous pourrez aussi les retrouver sur le blog Mémoire des Poilus de la Vienne, qui recense tous les hommes nés dans le département de la Vienne et morts pendant le conflit 1914-1918.

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#ChallengeAZ │ U… Usson, casse-tête pour le facteur

Usson-du-Poitou, Vienne 86, place de l'église

En France, sur la carte de Cassini, quatre villages portent le nom d’Usson :

  • un en Auvergne,
  • un autre dans le Forez,
  • un troisième dans le Poitou,
  • un quatrième en Charente.

Celui qui nous intéresse aujourd’hui est celui qui est dans la province du Poitou, au sud de Poitiers, maintenant dans le département de la Vienne, canton de Gençay. Au XIXe siècle, Usson devient Usson-du-Poitou.

Carte de Cassini issue de l’exemplaire dit « de Marie Antoinette » du 18éme siècle, Géoportail.fr ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Nous allons examiner comment et pourquoi Usson a changé de nom.

Si nous nous reportons au dictionnaire topographique du département de la Vienne, le village d’Usson se prénommait Victaria Icioninsis en 913. Le nom d’Usson est apparu début XVe siécle, avec Husson en 1408, Usson en 1479.

L’église du village est placée sous le vocable de Saint-Pierre. Les baptêmes, mariages, décès sont notés par les prêtres de la paroisse dans les registres paroissiaux de 1611 à 1792 où le nom d’Usson est indiqué. Les registres de 1611 à 1632 sont très dégradés, le nom d’Usson est par contre clairement indiqué de 1632 à 1792. 

Papier baptismal – Première page du registre de 1632 © Archives départementales de la Vienne

A partir de 1793, les  actes de naissances, mariages, décès sont notés dans les registres d’état civil qui sont tenus par les mairies. La commune est toujours nommée Usson.

Un bureau de poste est ouvert à Usson en 1830.  C’est un bureau de distribution. (source : « Marques postales de la Vienne » de Christian Bernard, édition 2016)

La cursive 80/Usson est utilisée par ce bureau (80 indique le département de la Vienne).

 

C’est en 1846, qu’apparaît sur les lettres, le nom de Usson-du-Poitou.

 

En 1857, le cachet confirme « Usson-du-Poitou »

 

 

En 1895, les registres d’état-civil indiquent par contre toujours le nom de la commune d’Usson.

Première page du registre des naissances d’Usson en 1895 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Ce n’est que le 21 février 1895 qu’un décret est publié modifiant le nom d’Usson en Usson-du-Poitou.

Bulletin des lois de la République française n°1691 page 751

Dès l’ouverture du registre de 1896, le nom d’Usson-du-Poitou est indiqué sur la première page.

Première page du registre des naissances d’Usson en 1896 © Archives départementales de la Vienne

Depuis l’apparition du décret en 1895 la modification du nom d’Usson en Usson-du-Poitou est appliquée.

Il est à noter que les registres du recensement de la population de la commune, de 1851 à 1911, continuent d’indiquer Usson excepté pour l’année 1906.

En conclusion :

Le changement de nom a été initialisé officiellement par la poste en 1846. Comme il y avait plusieurs « Usson » dans la France, il était difficile de savoir où la lettre devait être acheminée aussi l’administration des postes a modifié le nom d’Usson en ajoutant la province française qui correspondait au village. Ensuite il a été demandé à l’administration française d’entériner cette modification dans les documents officiels ce qui fut fait en 1895 soit près de 50 ans plus tard..

Pour les Ussonnais et les Ussonnaises, il est toujours dit : « Usson ».

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#ChallengeAZ │ T… De Thuré en Mauritanie, hommage à un combattant vétérinaire

Léon Olivier AMIET, vétérinaire, né à Thuré, combattant en Mauritanie

Léon Olivier AMIET © photo Cl. BOURREAU

En allant au cimetière de Thuré, sur les tombes de nos ancêtres, je suis intriguée par un monument funéraire qui se trouve à l’entrée près de la grande porte à double battant. Ce monument indique le nom du lieutenant O. AMIET, son lieu et sa date de décès et donc j’ai décidé de faire des recherches sur cette personne.

Sa naissance

Léon Olivier AMIET est né le 11 avril 1882 à Thuré. Il est le fils de Jules, âgé de 26 ans et de Marie JOLLY, âgée de 28 ans, tous deux mariés à Thuré le 6 mai 1878. Ses grands-parents du côté paternel sont François AMIET et Jeanne BRUNEAU et du côté maternel Jean JOLLY et Marie BARBOTTIN. Il a eu quatre frères : Firmin Jules François, Norbert (décédé quelques jours après sa naissance), Emile Romain et Jules.

Acte de naissance de Léon Olivier AMIET à Thuré, Vienne, vétérinaire, généalogie

Acte de naissance de Léon Olivier AMIET – Registres de Thuré NPMD 1878-1882 vue 142 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Son parcours d’étudiant

Léon Olivier fréquente l’école primaire de Thuré puis fait ses études à Châtellerault. En 1901, il entre à l’école vétérinaire d’Alfort et en sort diplômé en juillet 1905 (il est 48e sur 63 et le seul de la Vienne cette année-là).

Son parcours militaire

Après une année passée comme aide vétérinaire stagiaire à l’école d’application de cavalerie de Saumur, il est affecté au 25e dragon le 29 juillet 1906 avec le grade d’aide vétérinaire. En octobre 1906, il passe au 5e chasseur à Neufchâteau.

Il est un des premiers adhérents de l’association amicale des vétérinaires militaires. Il devient vétérinaire militaire par décision du 26 février 1908 au 5e régiment de chasseur. Placé hors cadre, il doit attendre les instructions du ministre des colonies et est mis à la disposition du gouverneur de l’Afrique Occidentale qui lui confie par la suite « la mission de contribuer à l’organisation des compagnies de méharistes qui devaient opérer sur les confins de l’Adrar (Mauritanie) et d’étudier les diverses maladies qui sévissaient sur les chameaux de cette région ». (La semaine vétérinaire du 27 mai 1911)

Le 10 juin 1908, son chef part à la recherche d’un puits. Pendant ce temps, AMIET resté à Talmest conserve le détachement avec 60 hommes, 1 mitrailleuse, 80 chameaux et les objets de campement.

Le 14 juin 1908, il se heurte à une forte bande de guerriers fanatiques armés de fusils à tir rapide qui vient d’exterminer la colonne du capitaine MANGIN. Il organise la défense, sa mitraillette refuse de fonctionner, les chameaux sèment le désordre dans le camp. Il résiste jusqu’à une heure du matin et une charge de baïonnette déroute complètement l’ennemi. Le détachement perd 12 personnes et on dénombre 11 blessés pendant cette attaque. Le 20 juin, Léon Olivier adresse un rapport relatant les péripéties du combat. Pendant les combats, deux balles ont traversé son casque.

Après ce brillant fait d’armes, apprécié par ses camarades comme un des plus beaux sous le drapeau français en Afrique Occidentale, il est proposé à vingt six ans à la légion d’honneur. Le 1er septembre 1908, il est nommé vétérinaire en second.

Son décès

Le 15 décembre 1908, il meurt à Moudjera (ville au centre de la Mauritanie située dans la région du Tagant) des fièvres paludéennes non loin du champ de bataille de Talmest, sans avoir eu le temps d’être décoré.

M. Ansbert LAQUERRIERE (1837-1915), ancien vétérinaire militaire, rend un hommage ému à Olivier AMIET,  « jeune vétérinaire en 2e, pour sa belle conduite en Mauritanie au combat de Talmest qu’il a dirigé quand les chefs ont été tués. Il ramena les débris de la colonne. Il a succombé aux suites d’anémie et de paludisme quelques temps après ce glorieux fait d’armes. C’est un nom de plus à inscrire dans le livre d’or des vétérinaires militaires que j’ai créé à Saumur. » (Le bulletin de la Société des sciences vétérinaires de Lyon du 27 mars 1909)

En août 1909, M. le vétérinaire principal Eugène AUREGGIO (1844-1924) adresse aux députés de la Vienne une supplique en vue d’obtenir la restitution à la famille de la dépouille mortelle. Le gouvernement de l’Afrique Occidentale écrit à la famille dans les termes suivants : « J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’en raison de la belle conduite de votre regretté fils au combat de Talmest et des fatigues qu’il s’est imposé en Mauritanie, j’ai décidé que l’administration de l’Afrique occidentale prendra à sa charge les frais d’exhumation et de transfert des restes mortels à Thuré (Vienne) ». (La revue vétérinaire 1910)

Le 15 décembre 1909, l’acte de décès est retranscrit dans les registres de l’état-civil de Thuré.

Transcription partielle de l’acte de décès de Léon AMIET faite sur les registres de Thuré le 25 octobre 1909 (NPMD 1908-1909 vue 72) © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

En décembre 1910, une circulaire autorise les militaires à participer à la souscription ouverte en vue de l’érection d’un monument au vétérinaire AMIET.

Le 25 avril 1911, les cendres arrivent à Châtellerault et le 26 avril il est inhumé dans le cimetière de Thuré. Sur le char funèbre décoré de faisceaux de drapeaux étaient fixées de splendides couronnes en fleurs naturelles et artificielles. Les cordons du poële (drap funéraire) étaient tenus par M. ESCLAUZE, vétérinaire en 1er du 25e dragons, par M. MOREAU de Sossais, par un lieutenant des services administratifs du génie et par un condisciple du défunt.

Au cimetière, cinq discours furent prononcés par :

  • Le Maire de Thuré,
  • M. ESCLAUZE, vétérinaire de l’armée et représentant de l’association amicale des vétérinaires militaires,
  • M. BOLTZ, vétérinaire au nom de la Société des vétérinaires de la Vienne,
  • M. le Président de l’association des anciens élèves du collège de Châtellerault,
  • M. le Principal du collège de Châtellerault.

Les journaux nationaux comme « Gil Blas », « L’Univers », « La Croix » informent leurs lecteurs du décès d’Olivier AMIET.

Nécrologie dans le périodique « L’Univers » du 04 janvier 1909

Thuré rend hommage à Olivier AMIET

Monument hommage à Léon Olivier AMIET, cimetière de Thuré © photo Cl. BOURREAU ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Un monument est inauguré le 7 juillet 1912 à Thuré.

Le ministre de la Guerre est représenté par le lieutenant colonel JANIN du 32e régiment d’infanterie. Celui-ci est accompagné d’une délégation d’officiers de la garnison de Châtellerault. Des discours sont prononcés par M. CHAMPIGNY, maire de Thuré, le lieutenant-colonel JANIN, le vétérinaire départemental BOTZ, le président de l’Amicale des anciens élèves du collège de Châtellerault. La fanfare de Thuré joue « La Marseillaise » et de nombreuses couronnes sont déposées au pied du monument.  M. le commandant CHAMPIOT, président du souvenir français dépose au nom du siège social de Paris, une couronne au pied du monument. Une palme est déposée au nom de ses camarades sur sa tombe par M. DUVAU.

Je rends hommage à ce combattant vétérinaire en Mauritanie.

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#ChallengeAZ │ S… Saint-Jean-de-Sauves, un Clémentois en Martinique

 

Séraphin CONTREAU et son épouse Marie au mariage de leur petite fille © photo coll. privée ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

 

Séraphin CONTREAU, dit « le père la Martinique »

Je suis né le 28 janvier 1837, « sur les une heure du matin » dans la maison de la grand’cour à Saint-Jean-de-Sauves, je suis le 3e enfant de Pierre et de Marie PELLEVRAU. C’est l’adjoint VALLET, officier de l’état civil ce jour qui enregistra ma déclaration de naissance devant deux témoins, René AUCHER, maréchal, 39 ans et Bernard ROCHE, 27 ans marchant, et ils demeurent tous les deux à Sauves, seul mon père sait signer, et VALLET l’adjoint signe son 5e acte de l’année 1837.

Signature de mon père – Registre des naissances 1833-1842 vue 45 © Archives départementales de la Vienne

J’apprends à lire et à écrire à l’école communale, je vais avec mes parents à l’église. À 20 ans, au conseil de révision à Moncontour, je suis « bon pour le service », je tire au sort le numéro 2, je suis de la première portion du contingent, je vais partir pour 5 ans.

Je suis  incorporé le 10 novembre 1858 au 1er régiment de marine, place de Cherbourg où je suis l’instruction militaire et m’exerce à l’escrime. J’embarque à Cherbourg le 26 août 1859 sur le bateau à vapeur « le Souffleur » puis transbordé à Lorient le 29 sur la régate « Le Cers », pour débarquer à Fort de France en Martinique à plus de six milles kilomètres de la métropole. Le bateau transporte des militaires et des bagnards.

Le 13 février 1863 j’embarque sur le bateau « l’Entrepreneur » pour arriver à Cherbourg le 22 mars. Le 1er janvier 1878, je reçois mon congé définitif, signé du commandant du bureau de recrutement de Châtellerault.

Je me marie le 9 janvier 1866 à Saint-Jean-de-Sauves avec Marie MERCIER, fille de Pierre et de Jeanne GIVELET.

Avec ma femme, je cultive mes terres et élève quelques chèvres, puis j’exerce le métier de garde champêtre et je suis également sacristain comme mon père. Nous avons deux enfants, Séraphin né le 17/12/1866 et Alcide le 20/11/1870.

Je suis bien connu pour mon caractère, un jour j’ai même verbalisé ma femme car ses (mes) chèvres étaient dans le dommage !

Saint-Jean-de-Sauves, rue de l'église

Le 8 mai 1902, la montagne Pelé, à la Martinique, entre en éruption, en quelques minutes la ville de Saint Pierre a été entièrement détruite tout ce qui était alors la plus grande ville de l’île. Quand je lis l’événement dans le journal je suis effondré, la ville de Saint Pierre, la perle des Caraïbes, que j’ai bien connue, est recouverte de la lave du volcan.

Journal de la Vienne, mais 1902, AD86

Extrait du Journal de la Vienne du lundi 12 mai 1902 © Archives départementales de la Vienne ▲ clic sur l’image pour l’agrandir

Mon arrière-arrière-petite-fille a entendu parler de moi sous le surnom « le Père La Martinique » et cherche à savoir ce que j’ai fait là-bas.

Est-il possible de trouver dans les archives militaires de la Martinique ou en métropole le parcours de cet ancêtre ?

Mariage d’Hubert BOUTHET et Chérie CONTREAU, petite fille de Séraphin © photo collection privée ▲ clic sur l’image pour l’agrandir


Le PLUS à consulter :

  • Archives départementales de la Vienne : sous-série 9 R – tirage au sort, recensement, registres matricules de l’an IX à 1940.
  • L’organisation de la conscription en France détaillée sur le site « le parcours du combattant de la guerre 14-18 », pour « retracer le parcours d’une recrue » vous trouverez des données sur « les lois du recrutement » et le déroulé d’un « conseil de révision ».

Ci-dessous cartographie des lieux cités au cours de ce Challenge AZ.
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